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trop-plein d'amour pour un souvenir ténu

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Message Sujet : trop-plein d'amour pour un souvenir ténu
Jeu 15 Juil - 11:30
  

Il y avait ce souvenir qui ne me lâchait pas.
Je n’avais que dix ans et mon père criait toujours après ma mère qui ne se laissait pas faire. J’ai toujours pensé que le fait qu’elle ne soit pas totalement japonaise jouait sur sa personnalité, elle n’était pas comme toutes ces mères de familles qui s’occupaient de leur mari sans rechigner et acceptaient de se faire crier dessus pour un oui ou pour un non. Mais cela ne voulait pas dire qu’elle n’aimait pas mon père, et je savais qu’elle était très malheureuse depuis qu’il avait eu sa promotion, plus rien n’était assez bien pour lui. On avait déménagé dans une grande maison rien qu’à nous, dans un beau quartier, mais ça ne lui suffisait pas. A croire que nous n’étions pas dignes d’être dans cette maison...
Et quand il ne passait pas ses nerfs sur elle, c’était sur moi, à cause de mon travail d’école qui n’était pas assez bien. Je n’étais pas un génie, loin de là et, à vrai dire, je détestais aller à l’école. Je n’avais aucun ami à cette époque, je partais de chez moi en cachant mes larmes...
Ma mère aussi pleurait, tous les soirs lorsqu’elle venait me voir alors que j’étais censé dormir. Elle me prenait dans ses bras, enfouissait son visage dans mes cheveux et je sentais les tressautements de son corps à chaque sanglot.

Et un soir, après qu’elle soit sortie, j’entendis à nouveau des cris. Mon père venait de rentrer, bien plus tard que d’habitude et le repas n’était pas prêt pour lui. Je me levai, sans même prendre la peine d’être silencieux, de toute manière ils n’auraient pas entendu un troupeau d’éléphants barrir de concert. Je remis mes vêtements et m’approchai de la fenêtre. Ma chambre donnait derrière la maison, sur notre beau jardin plein de fleurs que ma mère entretenait avec soin. J’ouvris la fenêtre et grimpai sur le rebord, ensuite je m’accrochai au treillis qui longeait le mur. Je le descendis et sortis de la propriété, heureusement à défaut d’être intelligent, j’étais agile, alors je pus passer sans mal par-dessus le haut portail - il y avait longtemps que j’étais trop grand pour passer entre les barreaux -. Et je me mis à courir en direction du parc par lequel je passais quand j’allais ou revenais de l’école. Il y avait une fontaine là où les chemins du parc se rejoignaient, je trouvais cet endroit calme et apaisant.
Je m’approchai de la fontaine et m’assis sur son rebord. Je ne savais pas ce que je faisais là, mais j’étais bien et je n’entendais plus les cris incessants de la maison. J’espérais quand même qu’ils ne s’apercevraient pas que j’étais parti... maman aurait été triste, et papa aurait crié plus fort. Après quelques minutes je me rendis compte que je n’étais pas seul, un homme était assis sur un banc et ne bougeait pas. On aurait dit une statue dans la pénombre. Mû par je ne sais quel instinct, je me levai et m’approchai du banc pour m’asseoir à côté de l’homme. Habituellement, j’évitais les gens, mais quelque chose en cet homme m’avait attiré, pourtant il ne m’avait même pas lancé un regard... mais une fois que je fus près de lui, il baissa les yeux vers moi, une expression de franche surprise sur le visage. Je me souviens de lui avoir souri, ce que je ne faisais jamais aux inconnus et je commençai à parler avec lui. Je lui racontai tout et n’importe quoi, je lui parlai de la ville... il me posa quelques questions, me demanda pourquoi j’étais là, seul, à cette heure-ci. Je lui expliquai vaguement, les larmes me montant aux yeux, et je m’appuyai contre lui. Il sembla se crisper mais ne dit ni ne fit rien de plus, et je m’endormis, avec la légère impression de glisser sur ses jambes.
Et quand je me réveillai, j’étais dans mon lit. J’aurais pu croire qu’il s’agissait d’un rêve, mais la fenêtre de ma chambre était ouverte, et l’odeur suave de l’homme planait dans ma chambre, mes vêtements eux-mêmes en étaient imprégnés.
Durant le mois qui suivit, je ne le revis pas, mais j’avais l’impression de sentir son odeur à mes endroits préférés, comme si elle me suivait... parfois, quand j’étais forcé de passer par des quartiers mal fréquentés et que j’avais peur, il m’arrivait de voir une ombre au loin, appuyée contre un mur, et cela me rassurait, je savais que je n’avais rien à craindre. Durant ce mois, étrangement, je commençai à parler à d’autres garçons de ma classe, parler avec cet homme m’avait montré que les gens n’étaient pas aussi effrayants que je le pensais, et je commençai à me faire des amis, à m’extravertir.
Mais un jour, je ne vis pas l’ombre, la rue était déserte, et je pressai le pas pour ne rencontrer personne de louche. Malheureusement, avant que j’atteigne le bout de la rue, trois silhouettes y apparurent et elles s’approchèrent rapidement de moi. Je les reconnus, c’était trois garçons du collège de mon établissement. Tout le monde là-bas savait que mes parents étaient devenus riches, c’était rare, je n’étais pas dans un établissement réputé. Ils me menacèrent, me demandèrent de leur donner mon argent, mais je n’avais rien sur moi évidemment... croyant que je mentais, l’un d’eux sortit un canif et me plaqua contre le mur, glissant la lame sous mon menton. J’eus à peine le temps de crier quand elle entama ma peau que le garçon avait déjà fait un vol au bout de la ruelle, et l’odeur suave était revenue, émanant puissamment de l’homme qui s’était interposé entre eux et moi. Il se tourna vers moi, me prit dans ses bras et se mit à courir à une vitesse fulgurante jusqu’au parc et il me posa sur un banc. Il me demanda de l’attendre et il repartit, son regard avait changé. Je ne bougeai pas, attendant comme il me l’avait demandé, je voulais le revoir, le remercier. J’essuyai mon menton qui ne saignait déjà plus.
Et il revint vers moi, il attrapa ma main pour que je me lève et se mit à marcher. Cela me donna l’impression soudaine d’être spécial pour lui... je ne me souvenais plus de la dernière fois où mon père m’avait fait ressentir ça, la dernière fois qu’il m’avait pris par la main quand on se promenait tous les trois... avant qu’il ait sa promotion et qu’il change.
Cette fois, c’est l’homme qui me parla, comme s’il essayait de s’empêcher de penser à quelque chose. J’avais remarqué le sang sur ses vêtements, mais je ne demandai rien, il n’était pas dangereux pour moi. Je gardais la tête levée vers lui, l’écoutant attentivement. Il s’appelait Keisuke, il venait du nord du Japon, avait beaucoup voyagé, je lui faisais penser à son petit frère. J’étais heureux, vraiment heureux d’être avec lui. Et pour la première fois, je pus regarder son visage, dans le moindre détail. Je n’avais jamais vu quelqu’un d’aussi beau de toute ma courte vie, pas même dans des magazines...
Il finit par se mettre à rire, en disant qu’il devait m’ennuyer avec toutes ses histoires, mais, avec toute mon innocence, je lui dis qu’il ne m’ennuyait pas et que je voulais rester avec lui toute ma vie. Il a été surpris, puis m’a souris gentiment et il m’a porté dans ses bras, je m’accrochai à lui comme si on allait me l’enlever. J’étais sincère, je voulais rester ma vie entière avec lui, quelqu’un qui m’aimait et me protègerait, et que j’aimais.
Il me ramena chez moi très tard, en passant par la fenêtre dans ma chambre et je ne répondis pas aux questions de mes parents, préférant garder tout pour moi et je ne voulais pas leur mentir.

J’appris quelques jours plus tard ce qu’étaient devenus les collégiens, tout le monde était terrifié par la barbarie dont leur agresseur avait fait preuve, moi non... étrangement. Il les avait tués d’une façon inhumaine et les pièces du puzzle s’assemblèrent lentement dans ma petite tête. Je le revis plusieurs fois ensuite mais n’en reparlai pas, ne sachant pas comment aborder le sujet. Parce que je ne voulais pas qu’il parte, je ne voulais pas qu’il se fâche contre moi.
Et un soir je décidai d’aller le trouver comme à mon habitude, bien qu’il m’ait demandé de ne pas sortir de chez moi. Je n’allai pas dans le parc mais vers les quartiers malfamés, luttant contre ma peur qu’ils m’inspiraient. Et je le vis, je sus que c’était lui car l’air s’était chargé de son odeur, ainsi que de celle métallique du sang. Je retins mon souffle pour ne pas vomir et ce simple petit hoquet lui fit lever la tête vers moi, il se figea. Le corps sous lui poussa un dernier soupir et je m’approchai de Keisuke. Il voulut s’écarter mais je m’approchai encore de lui et, sans dire un mot, je tendis les bras vers lui pour qu’il me prenne dans ses bras. Je restai la nuit entière avec lui, cachés dans un coin du parc. Il me ramena chez moi au petit matin, et ce fut la dernière fois que je le vis.

Pourtant, je ne voulais pas y croire, et je sortais tous les soirs pour le trouver, ignorant les punitions de mes parents et les avertissements des policiers qui me trouvaient parfois endormi sur un banc dans le parc... ce qui les étonnait, c’est que c’était toujours le même. Peu à peu, chaque endroit perdit l’odeur suave de Keisuke et je ne m’en remettais pas. Je faillis même partir, prendre le train pour aller n’importe où mais le retrouver. Et tant pis s’il voulait partir encore, j’irais avec lui. Malheureusement, mes parents et des policiers vinrent me chercher à la gare, ma mère était en larmes, ils me demandèrent une énième fois ce que je cherchais et je ne répondis pas.

Cette mésaventure eut au moins l’avantage de calmer mon père qui avait compris sa part de responsabilité dans mon comportement, mais l’ambiance à la maison ne redevint jamais comme avant. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, après ça, je ne me renfermai pas sur moi-même, je ne supportais plus d’être seul alors je me fis pleins d’amis et au collège je devins très populaire. J’étais plein d’assurance, et mon physique changeait, j’attirais les filles mais elles ne m’attiraient pas du tout.
Au lycée, cela continua mais je compris que si je n’étais pas attiré par les filles, les garçons en revanche m’intéressaient beaucoup et comme personne, j’assumais ma façon d’être alors qu’on me regardait de travers.

J’étais heureux, j’arrivais à surpasser le trou béant que Keisuke avait laissé dans mon cœur. Mais le destin me rappela à l’ordre en seconde année de lycée, quand je rentrai chez moi on m’annonça que ma mère avait eu un accident de voiture et qu’elle était morte sur le coup. Je ne versai aucune larme, mon père non plus, pas même le jour de l’enterrement, j’avais trop mal pour ça je crois, et mon père aussi. Comment allais-je continuer sans ma mère ?
Je commençai à sortir dans des bars et à avoir des aventures avec ceux qui parvenaient à me tenir à leur côtés toute la soirée... je ne buvais pas, je n’étais pas un dépravé, j’avais mes limites même si elles étaient larges.
Mon père se mit à boire et revenait tard du travail. Durant les soirées où il buvait le plus, lorsqu’il revenait à la maison et me croisait il entrait dans une fureur noire. Je ressemblais beaucoup à mère et c’est elle qu’il voyait à travers moi... dans ces cas-là j’avais le choix, ou il me frappait parce qu’elle l’avait abandonné, ou alors il essayait d’abuser de moi. Et à son réveil il ne se souvenait de rien, heureusement pour nous deux il n’arrivait jamais à ses fins... et je ne lui en voulais même pas, il était détruit depuis que ma mère était morte. J’essayai de lui faire remonter la pente mais il croupissait dans son désespoir, alors quand j’atteignis la majorité je partis à Tokyo.

Honnêtement, j’avais arrêté les cours après le lycée... et encore, je n’avais eu le diplôme que parce que les enseignants pensaient que j’avais un potentiel mais qu’il s’était passé trop de choses dans ma vie durant les deux dernières années pour que je puisse étudier correctement.
×××
Et cela faisait à présent six mois que je travaillais dans un club assez populaire de Roppongi. Je pense qu’on pouvait l’apparenter à un cabaret, le patron engageaient des artistes pour qu’ils se produisent, et ils amenaient à peine plus de monde que les employés du club. Il n’y avait que des hommes, et les clients n’étaient que des hommes, sans doute pour ça que j’aimais tellement être ici. Et bien sûr, les employés étaient des beaux gosses... moi je m’occupais du bar - qui était à l’écart du reste de la salle - la majorité du temps, parfois je servais les clients en salle et j’étais plutôt bien payé.
Mais, pour que personne ne puisse nous retrouver en dehors du club, chaque employé avait un pseudo, même si entre nous nous savions le nom des autres, devant les clients nous devions nous appeler par le nom par lequel ils nous connaissaient.

- Mitsu-chan ! me héla une voix douce.

Je relevai la tête de mon bloc-notes où, comme toujours à cette époque de l’année, je traçais un kanji à répétition, toujours le même « 刑 » (kei=peine, punition). Mon regard se posa sur un jeune homme à peine plus grand que moi aux cheveux blonds coupés courts, deux piercings à chaque oreille, un sous la lèvre inférieure, des yeux noirs et malins, et une légère moustache et un bouc qui lui donnaient un air de yakuza, enfin c’est ce que les autres employés se plaisaient à dire. Il était habillé d’une chemise blanche et d’un pantalon noir.

- Tu es en retard, Meiji ! lançai-je en cachant la feuille de mon bloc d’un geste naturel.
- Excuse-moi mon ange.

Il prit place sur l’un des tabourets et posa ses mains sur le zinc de mon bar. Je posai mes mains sur les siennes et me penchai pour l’embrasser.

- Mais je serais pas en retard si tu étais resté avec moi ce matin, me fit-il remarquer quand j’eus délaissé ses lèvres.
- J’avais des choses à faire.
- Tu as toujours des choses à faire, tu es trop mystérieux.


Je lui fis un sourire en coin, ce n’était pas pour rien que mon prénom s’écrivait avec le même « mitsu » que « secret ». Il secoua doucement la tête, je n’avais même pas besoin de le lui dire il le savait, je le lui avais souvent dit. C’est vrai que je ne disais pas grand-chose sur moi, mais ça ne m’empêchait pas d’être très franc et honnête sur ce que je ressentais, je n’aimais juste pas parler de mon passé ou de ce qui s’y rattachait et il le savait.

- Et puis c’est quand même pas de ma faute si tu te rendors toujours...
- Pas toujours, quand t’es là je me rendors pas.
- Crétin.


Il rit et se releva, il s’éloigna vers les vestiaires en me faisant un léger signe de main. C’était malin, le seul moment de la journée que nous aurions pu passer ensemble venait de bêtement passer parce que monsieur ne parvenait jamais à se réveiller. Il n’avait pourtant pas idée du bien que ça me faisait d’être près de lui ces temps-ci, il arrivait à me distraire pourtant, que je le veuille ou non, cela faisait presque cinq ans que ma mère était morte, et c’était à la même époque que j’avais rencontré et perdu Keisuke, il y avait onze ans de ça. J’avais beau me dire que j’avais oublié cette histoire, ce n’était qu’un gros et piteux mensonge... sinon, pourquoi aurais-je choisi « Kei » comme pseudo de travail ?
×××
Est-ce que j’étais amoureux de lui ? C’était ce que je me demandais, comme souvent, en le regardant dormir tout contre moi, ses bras autour de ma taille, souriant de contentement alors que l’une de mes mains caressait ses cheveux et l’autre son avant-bras. Pour une fois, nous étions chez moi... parce que cet abruti était arrivé une vingtaine de minutes après moi. « Tu étais bizarre ce soir, je m’inquiète » m’avait-il dit en passant la porte de mon appartement sans même que je l’y invite. Mais Meiji était comme ça et ça ne me dérangeait pas en fin de compte... Il s’inquiétait, cela m’avait fait sourire, depuis combien de temps ne se souciait-on plus de mon sort ?
Meiji était amoureux de moi, il ne me l’avait pas dit clairement mais il me l’avait fait comprendre, je suppose qu’il aurait attendu que je sois sûr de mes sentiments pour me dire les siens, pour ne pas nous mettre mal à l’aise si je ne savais pas quoi lui répondre. Mais moi, est-ce que j’étais amoureux de Meiji ? C’était un garçon génial, même si beaucoup lui trouvait un air dangereux, cela prouvait juste qu’ils ne le connaissaient pas, parce qu’il était tout sauf dangereux ou méchant. Il avait un an de plus que moi, mais il était moins mature, il n’avait sans doute pas eu à supporter autant d’épreuves dans sa vie, du moins je l’espérais fortement.
Je sortis de mes pensées et rebaissai les yeux sur lui, il était adorable quand il dormait. Il semblait vulnérable avec ce petit sourire, comme s’il aurait pu croire la moindre de mes paroles. J’aurais pu lui mentir, plein de fois, sur mon passé, et j’aurais sans doute mieux fait de le faire puisqu’il s’inquiétait bêtement pour moi, mais je n’étais pas un menteur... je n’aimais pas ça, ça ne rimait à rien puisque la vérité finissait toujours pas revenir à la surface... et en attendant, elle vous rongeait impitoyablement. Alors autant ne rien dire du tout.
J’attrapai doucement ses mains pour les défaire de ma taille, j’étais assis alors il ne valait mieux pas que je m’endorme ainsi, mais je ne pensais pas que ce simple geste le réveillerait, il releva des yeux endormis vers moi.

- Excuse-moi, je voulais pas te réveiller.
- Qu’est-ce que tu fais ?
- Je me couche
, répondis-je en souriant.

Il me rendit mon sourire et se décala un peu, il ouvrit ses bras et j’allai aussitôt me blottir contre son torse. Il enfouit son visage au creux de mon cou en soupirant d’aise, et je passai mes bras dans son dos avant de fermer les yeux. Peu importait, peut-être, de savoir si je l’aimais ou pas, de toute manière je savais déjà qu’il était la personne qu’il me fallait.
×××
Lorsque je rouvris les yeux, au petit matin, j’eus la surprise d’être tout seul dans mon lit. Je me redressai en me frottant les yeux, c’était pourtant vraiment pas son genre de se réveiller avant moi. Je me figeai en passant à quelque chose, il ne serait quand même pas venu me voir juste pour pouvoir se venger de moi parce que je l’avais abandonné au lit la veille ! Le pire étant que ce serait parfaitement son genre. Mais du bruit venant de la cuisine me détrompa, je soupirai doucement et me levai. J’allai rejoindre Meiji dans la cuisine, silencieux comme toujours, si bien qu’il ne m’entendit pas. Et moi j’eus la possibilité de voir sur son visage une expression grave que je ne lui avais jamais vu auparavant. Que pouvait-il avoir tout d’un coup ? Il se rendit enfin compte de ma présence et il me sourit aussitôt, reprenant son insouciance habituelle. Je m’approchai de lui et passai mes bras autour de son cou en le regardant dans les yeux, fronçant légèrement les sourcils, soucieux.

- Quoi ? demanda-t-il presque en riant.
- Quelque chose ne va pas ?
- C’est plutôt moi qui devrais te demander ça, tu ne crois pas ?


Je m’écartai légèrement, surpris. Pourquoi faudrait-il me le demander ? Avais-je l’habitude de ne pas bien aller, moi ? Non, ce serait bien une première...

- En quel honneur ? demandai-je avec un sourire.

Il posa ses mains sur mes hanches et se releva avant d’échanger de place avec moi pour me faire asseoir. J’arquai un sourcil sans cesser de sourire, pourquoi agissait-il comme ça ? Il posa une main sur ma joue et je posai l’une des miennes sur son poignet.

- Tu m’inquiètes Meiji, sérieux...
- Je t’ai déjà dit que tu parlais pendant ton sommeil...
- Ouais...


Et je trouvais cela particulièrement gênant, car en me réveillant, parfois, j’avais le souvenir d’avoir fait des rêves plutôt... animés, alors que pouvais-je bien dire lorsque je rêvais de ça ? Mais cette nuit, je ne me souvenais pas d’avoir rêvé... ou peut-être que...

- Je t’ai entendu parler de ton père, dit-il finalement. C’est la première fois que je t’entends en parler, j’avais même fini par croire que tu n’en avais pas...
- Désolé, mais tu sais que je...
- Laisse-moi finir... tu ne veux pas savoir ce que tu as dit ?
- Je... je crois que je le sais déjà...


Je laissai ma main retomber sur ma jambe et détournai les yeux en soupirant. Il me semblait que j’avais rêvé de la première nuit où mon père était rentré complètement saoul à la maison, alors ce que j’avais dit en dormant devait être quelque chose du genre « laisse-moi papa », « ne me fais pas ça »... et il ne l’avait pas fait... enfin, presque pas. Je relevai les yeux vers Meiji.

- Ecoute, ne te fais pas de films, mon père ne m’a jamais touché.
- Et tu crois que je vais te croire ?
- Beh il va bien falloir. Je te jure que je n’ai jamais été violé, alors ne t’inquiète pas.
- ...
- Je t’expliquerais, un jour, je te le promets... mais pas aujourd’hui.


Il me regarda intensément quelques secondes puis hocha la tête d’un air résigné. Je n’aurais pas la force de lui raconter ma vie de bon matin, et encore moins ce matin qui faisait remonter de trop lourds souvenirs à la surface, c’était la seule fois dans l’année alors je ne pouvais pas m’en empêcher... et je n’imaginais pas à quel point.
×××
Il était près de 23h30 et je tenais mon bar comme tous les samedi soirs. Le club était plein mais j’étais relativement tranquille à présent que tout le monde était servi... mais cela refluerait quand des clients partiraient et laisseraient la place à d’autres, plus ivres, plus pervers... on avait l’habitude de toute manière, c’était toujours comme ça le samedi. C’était le seul soir où il n’y avait pas de client au bar, du coup je ne parlais qu’aux serveurs, enfin quand ils ne s’occupaient pas des clients.
Dans l’ambiance bleutée j’avais ressortis mon bloc-notes où je notais les boissons que je servais, et sur la page du dessus je traçai encore et encore ce kanji. Honnêtement, je n’avais rien de mieux à faire, non, rien de mieux que de me replonger bêtement dans les souvenirs qui m’assaillaient. Je ne saurais même pas dire si j’étais triste en y pensant... ils me faisaient me rendre compte qu’il me manquait quelque chose que même Meiji n’arrivait et n’arriverait probablement jamais à combler, et je regrettais le temps que j’avais passé avec Keisuke même s’il était un vampire, même si je n’avais été qu’un enfant. Est-ce que j’avais mal d’avoir passé toutes ces années sans lui ? Au début, sans doute puisque j’avais voulu le retrouver... mais maintenant ? Je ne me souvenais même plus de son odeur... Une odeur suave et entêtante... que j’adorais tellement.

- Euh excusez-moi...

Une voix sombre, délicieusement grave, aux intonations chaleureuses et tendres me sortit de mes pensées. Je relevai les yeux d’un coup, pensant rêver, et me figeai, bouche entrouverte. Je n’y croyais pas, il était devant moi et me regardait avec sans doute la même surprise que moi. Pourtant, j’avais changé, pouvait-il m’avoir reconnu ? Lui, il n’avait pas changé, bien sûr, toujours la beauté figée de mes souvenirs. Des yeux noisette, des cheveux bruns sombres et ondulés encadrant son visage au teint pâle, une bouche pulpeuse. Et cette odeur, sa si douce odeur, avait pris possession de l’air autour de nous, réfrénant ma respiration agitée.

- O-oui pardon, vous désirez ?

Ma voix tremblait, c’était bien la première fois, mais je n’en étais même pas gêné. Non, j’étais bien trop préoccupé à me demander s’il pouvait savoir que c’était moi ou non. Un léger silence s’installa, coupé seulement par le bruit de mon souffle et celui de la musique du club.

- E-est-ce que tu...
- Kei-chan !
coupa la voix de Meiji en s’approchant, le regard rivé sur son porte-bon. Il me faudrait une tequila et du... shōchū...

Il avait terminé sa phrase plus doucement, je le regardai. Il fixait Keisuke qui me sondait à présent d’un air désemparé et ennuyé. Bien sûr... Meiji m’avait appelé par mon pseudo de travail... Il se tourna finalement vers lui. Meiji lui fit un sourire désolé. Quoi ? Pourquoi ?

- Veuillez nous excuser, nous sommes complets pour le moment.
- Oh, je vois...
- Repassez dans une demi-heure si vous voulez...
- Non, ça ne fait rien... au revoir.
- Bonne soirée~


Je me mordis la lèvre, Meiji s’inclina doucement et Keisuke tourna les talons sans même m’adresser un dernier regard, il passa la porte du club et disparut, ma conscience avec lui. C’était à peine si je pouvais respirer, mon cœur était serré et me faisait terriblement mal. Il était parti... après onze ans je l’avais enfin revu et... il était bêtement parti.
La main de mon petit ami me passa devant les yeux, je clignai des paupières et reportai un semblant d’attention sur lui, juste assez pour me rendre compte qu’il était inquiet.

- Kei, est-ce que ça va ?
- J-je crois...
- Tu le connais ce type ?
- Non...
répondis-je d’une voix lointaine.

Je ne le connaissais pas, je l’avais connu, dans mon enfance, à cette époque où j’avais cru des tas de choses, où j’avais cru être important pour ce vampire. J’étais triste, à présent, de voir qu’il s’était laissé avoir par une simple histoire de surnom... Je sentis les lèvres de Meiji se poser furtivement au coin de mes lèvres, je sursautai, sortant de mes pensées.

- Taka ? Mais si quelqu’un te voyait ? lançai-je aussitôt.

Les employés n’étaient pas censés avoir de liaison, et encore moins s’embrasser alors que des clients pouvaient nous voir. Il haussa simplement les épaules en souriant.

- Tant pis j’avais envie... t’es sûr que ça va ?

Je continuai de l’observer, puis un sourire que je ne pus réprimer se glissa sur mes lèvres et je hochai doucement la tête.

- Oui, ça va. Retourne travailler.
- Tout de suite.


Il déposa sa commande sur le bar, effleurant ma main au passage, et repartit dans la salle. Meiji était vraiment génial, jusqu’à présent je n’avais jamais rencontré quelqu’un qui se souciait à chaque instant de me voir sourire, et ça me rendait heureux.
×××
Encore une fois, notre soirée de travail se termina tard, mais on avait l’habitude à vrai dire. Sauf que, ce soir était différent des autres, j’étais sans doute le seul à m’en être rendu compte... peut-être parce que j’étais le seul concerné...

- On va chez moi ? demanda Meiji, un bras autour de ma taille, alors que nous sortions du club.

Je levai les yeux vers lui, un petit sourire sur les lèvres qui lui donna aussitôt ma réponse, il réprima un soupir.

- Désolé, j’ai envie de rentrer chez moi ce soir...
- D’accord... je t’appelle un taxi ?
- Non, je vais rentrer à pied, ce n’est pas loin.
- Je te raccompagne si tu veux.


Mon sourire se fit plus amusé, Meiji ne semblait pas décidé à me laisser seul. Je posai une main sur sa joue et la caressai doucement.

- Tu habites à l’autre bout de la ville, et je suis assez grand pour rentrer chez moi tout seul.
- Hum si tu le dis...


Il me rapprocha de lui et captura mes lèvres, sa langue ne tarda pas à quémander des caresses, ce que je ne lui refusai pas. Je compris, à ce baiser, qu’il tentait de me faire changer mes plans pour ce soir, mais je voulais vraiment être seul... enfin, non, mais à défaut de ne pas pouvoir être avec la personne dont je voulais la compagnie, je préférais ne pas paraître ailleurs devant Meiji, qui sait ce qu’il pourrait s’imaginer.
Je mis fin au baiser et lui fis un petit sourire avant de le lâcher, il me lâcha aussi et on se sépara, là, sur un dernier au revoir. Je me dirigeai vers le parc... ce n’était pas vraiment le chemin le plus court pour rentrer chez moi mais, allez savoir pourquoi, ce soir j’avais envie d’y passer. D’ailleurs, ce n’était ni le plus court, ni le plus sûr, mais bon si je restais sur les chemins éclairés ça irait... enfin ça irait à condition que Meiji ne l’apprenne pas, sinon c’était sûr que je me ferais tuer.

Après quelques minutes j’entrai dans le parc, il n’y avait personne, ou en tout cas aucun bruit, ce qui me rassura. Mais ça n’aurait peut-être pas dû, c’était peut-être juste ce qu’on appelle le calme avant la tempête. Alors sans me préoccuper de rien j’avançai sur les chemins du parc, tranquillement, les mains dans les poches de ma veste. Maintenant seul je ne résistai pas à l’envie de me perdre dans mes pensées, et mon cœur s’affola au souvenir vivace de l’odeur de Keisuke. Je l’avais cherché pendant des semaines lorsqu’il avait disparu, et voilà qu’à présent, il réapparaissait... et son physique n’avait absolument pas changé. C’était peut-être plus que normal, d’ailleurs, puisque c’était un vampire... mais tout ce qu’on disait sur eux n’était pas vrai, Keisuke se baladait en plein jour, en plein soleil, sans brûler, et il n’avait pas la peau froide... elle était plutôt légèrement tiède, peut-être juste un peu plus froide que la mienne mais sans plus, et je ne l’avais jamais réellement remarqué.

Des bruits de pas derrière moi me sortirent de mes pensées, je tressaillis légèrement mais continuai à avancer comme si de rien n’était. J’essayais de me rassurer, ce n’était peut-être que quelqu’un qui rentrait bêtement chez lui tout comme moi. Cela dit je décidai de tourner à une intersection pour m’en assurer, les pas me suivirent, les lumières de cette partie du parc oscillaient dangereusement, probablement sur le point de s’éteindre. J’étais vraiment le pire... quelle idée de venir se perdre dans un endroit louche pour m’assurer que je n’étais pas suivi... C’était à se demander s’il m’arrivait de réfléchir avant de faire quelque chose.
Les pas se précipitèrent sur moi et on me poussa contre un banc, je me mordis la lèvre alors que mes jambes cognaient violemment contre le bois. Une main passa dans mon cou et agrippa mes cheveux pour me faire relever la tête vers l’homme.

- Kei-sama, souffla-t-il d’une voix rauque.

La lumière eut un sursaut et je pus apercevoir son visage, je me figeai. C’était un client, il avait plus d’une fois essayé d’avoir un moment avec moi, ce que certains serveurs faisaient, mais moi non... Meiji non plus d’ailleurs. Il avait fini par ne plus venir, je m’étais alors dit qu’il avait fini par comprendre, mais... m’appeler « Kei-sama »... j’en frissonnais d’effroi.

- Tu es toujours aussi beau...
- Qu’est-ce que vous voulez ?
eus-je la bêtise de demander.
- A ton avis...

Un sourire malsain se traça sur ses lèvres et il me poussa violemment par terre, j’essayai de me relever pour m’enfuir, mais quand il s’en aperçut il frappa mon visage contre le banc, j’échappai un cri de douleur. Le sang se mit à couler de mon nez, ainsi que dans ma bouche. Il me releva et pressa ses lèvres contre les miennes, non seulement cela me répugna, mais en plus cela me fit si mal que les larmes se précipitèrent à mes paupières. Il m’assit sur le banc, presque doucement, avant de m’y allonger. Ses mains se saisirent de mes poignets et il s’assit sur mes jambes pour m’empêcher tout mouvement. Je fermai les yeux, non il n’allait quand même pas... Comme pour bien me faire comprendre ses intentions, sa main libre commença à débouter ma chemise qui ne devait plus être très blanche, puis elle me caressa. D’abord mon ventre, ma taille puis remonta doucement vers mon téton percé et son sourire se fit encore plus malsain, il s’amusa avec mon piercing avant de se pencher et il me mordit. Je tentai encore une fois de me débattre, je ne pouvais pas me laisser faire, il fallait que je trouve un moyen de partir. Je criai à nouveau, mais il me gifla avec une telle force que cela m’étourdit quelques instants. Ce furent les caresses de ses doigts sur mes cuisses nues qui me firent revenir à moi. Il avait lâché mes poignets, sans doute me pensait-il évanoui, je balançai alors l’une de mes mains sur son visage avec le peu de force qui me restait et je parvins à me faire glisser du banc. Mais il m’arrêta rapidement, me retournant sur le dos il empoigna ma nuque et me redressa vers lui. Ma panique s’intensifia quand il déboutonna son pantalon à quelques centimètres de mon visage, mes larmes redoublèrent et j’essayai de le pousser encore une fois, en vain.
Brusquement, la prise sur ma nuque disparut et je retombai par terre, choqué. Mais ce ne fut pas assez pour que mes larmes cessent, et, couché par terre, je tremblais tellement que je n’arrivais presque plus à respirer et mes larmes m’aveuglaient. Des cris retentirent loin de moi, je sursautai et protégeai mon visage de mes bras, je n’avais aucun moyen de savoir ce qui pourrait m’arriver, j’étais terrorisé. Une main attrapa mes poignets, je faillis hurler à nouveau mais avant même que le son ne sorte elle avait écarté mes bras de mon visage et sa jumelle s’était plaquée sur ma bouche.

- Tu ne crains plus rien, dit lentement une voix douce et grave.

Je n’eus aucun mal à comprendre que c’était Keisuke, aussi ma peur commença à disparaître. Son odeur ne tarda pas à m’envelopper. Il me porta et me reposa sur le banc mais je me tournai aussitôt, sentant la bile remonter le long de mon œsophage. Sa main essuya le sang et les larmes sur mon visage, en quelques secondes je sentis sa peau se refroidir. Il tendit le bras vers mon pantalon et en sortit mon portable, il le mit dans mon champ de vision et fit défiler les noms jusqu’à ce que je hoche la tête, il appela et posa le téléphone sur mon oreille.

- M-Meiji, murmurai-je quand il eut décroché.
- Mitsu ?
- Oui...
- Ta voix est bizarre, qu’est-ce qui se passe ?
- J-je suis dans le parc... viens me chercher...
- Quoi !?
- Je t’en prie...
- Bien sûr, j’arrive mon ange !


Il raccrocha et Keisuke posa le téléphone sur le banc avant de se lever, je me remis à pleurer et ma main attrapa sa veste. Son regard se reposa sur moi et il s’accroupit pour être à la hauteur de mon visage.

- Pars pas...
- Je ne vais pas loin, mais je pourrais te faire du mal si je reste trop près de toi.
- Non, je veux pas que tu partes...


J’essayai de me redresser mais il m’en empêcha et sa main revint caresser ma joue.

- On se reverra bébé, je te le promets.

Il posa ses lèvres sur mon front, je le lâchai doucement. Il se souvenait de moi, il n’avait pas été trompé par mon pseudo mais... pourquoi avait-il fait cette tête alors ? Quand je voulus lui demander, il s’était déjà éloigné sur le chemin, et dans l’état que j’étais je savais que ma voix n’aurait pas été porté jusqu’à lui. La seconde qui suivit, je ne le voyais déjà plus. Mes larmes reprirent et la peur se répandit à nouveau en moi, mes doigts se crispèrent doucement sur le bord du banc. J’étais tout seul, et je ne pouvais plus bouger, je ne savais même pas où était passé mon agresseur... pour ne rien arranger, les lumières s’éteignirent définitivement. J’étais à bout de force, j’aurais voulus partir mais mon corps ne m’obéissait plus et je somnolai jusqu’à ce que l’on m’interpelle.

- Mitsuaki !

Mes paupières papillonnèrent et une silhouette s’avança rapidement vers moi, instinctivement je voulus m’écarter mais mon dos buta contre le dossier du banc, m’arrachant un geignement de douleur. La personne se pencha sur moi et caressa mon visage en soupirant.

- C’est moi, Meiji, n’aie pas peur... je vais te ramener chez toi.

Je hochai faiblement la tête et il me redressa tout doucement pour que je sois assis. Je le vis se mordre la lèvre et il reboutonna ma chemise, puis il attrapa ensuite mon pantalon pour me le remettre. Mes larmes, qui avaient cessé durant mon demi-sommeil, se remirent à courir sur mes joues lorsque je me rendis compte de ma condition et j’enfouis mon visage dans mes mains. Meiji comprit et m’enlaça en caressant tendrement mes cheveux.

- Tu n’as pas à avoir honte mon ange... tu n’es pas le fautif.

Il déposa un baiser sur ma tempe et attrapa mes bras pour que je les passe autour de son cou, ensuite il passa mes jambes autour de sa taille. Je me crispai.

- Je ne vais pas te faire de mal Mitsu. Tu me crois ?
- Oui
, murmurai-je.

Evidemment qu’il ne me ferait pas de mal. Il prit mon portable, le fourra dans la poche arrière de mon jean et se releva, prenant la direction de mon appartement.
×××
Je serrais les dents alors que Meiji soignait du mieux qu’il pouvait les plaies sur mon visage, d’après ce que je sentais, j’avais la lèvre fendue, des écorchures sur les joues et la tempe. J’étais aussi blessé au torse, Meiji avait été choqué de voir que ce type m’avait mordu jusqu’au sang... je me sentais si sale, c’était indescriptible. Lorsqu’il eut terminé, il m’aida à me relever mais je lui retirai ma main lorsqu’il voulut me faire sortir de la salle de bain. Il tourna la tête vers moi en haussant les sourcils.

- Je voudrais prendre une douche...
- Tu veux que je... ? Non, bien sûr...
répondit-il avant même de terminer sa propre question.
- ...
- Je vais t’apporter des vêtements et je préparerai du thé. D’accord ?
- Merci...


Il sourit et déposa un petit baiser sur mes lèvres avant de quitter la salle de bain. Je terminai d’enlever ma chemise ouverte et la jetai par terre... de toute manière, je ne remettrais plus jamais ces vêtements, je ne pourrais pas. Il ne fallut que quelques petites minutes à Meiji pour me rapporter des vêtements et repartir vers la cuisine, je me déshabillai et entrai dans la douche avant de faire couler de l’eau brûlante sur moi, je m’assis dans le bac, les jambes ramenées à mon torse et mes larmes reprirent. C’était de ma faute, si je n’étais pas passé par le parc ce soir, ça ne serait jamais arrivé... ou si j’avais suivi Meiji comme prévu, je n’aurais pas été agressé. Et si Keisuke n’avait pas été là... je n’aurais pas pu l’empêcher de me violer. Keisuke... je posai ma main sur mon front, où il m’avait embrassé... et perdis connaissance.

Quand je rouvris les yeux, j’étais sur mon lit, dans les bras de Meiji qui me caressait affectueusement les cheveux.

- Quelle idée de s’asphyxier avec de la vapeur d’eau, chuchota-t-il.
- Désolé...
- Tu n’as pas à t’excuser, ni pour ça ni pour rien d’autre, d’accord ?
- Meiji...
- Tu as eu un sursaut quand je t’ai sorti de la douche, tu t’es excusé au moins dix fois en pleurant. Mitsu... ce type, il t’a vraiment...
- Non
, le coupai-je. Je ne sais pas ce qui s’est passé mais quelqu’un est arrivé et l’a emmené loin de moi...
Il soupira longuement et me serra un peu plus contre lui. Il était soulagé, que devais-je dire moi alors ? Mais je le comprenais, il était déjà tellement inquiet pour moi.

- Et... tu le connaissais ?
- ... non.


J’avais hésité mais ma réponse avait été nette... Il ne me croirait pas, mais il n’insista pas non plus. Je relevai les yeux vers lui et il me sourit, se redressa, moi avec.

- Il est quelle heure ? demandai-je comme mon radioréveil était hors de ma vue.
- Six heures du matin.
- Quoi ? Et tu es resté éveillé tout ce temps ?
- Bien sûr... Je voulais pas que tu te réveilles seul...
- Merci.
- Est-ce que... ça va un peu mieux ?


Je hochai simplement la tête, non ça n’allait pas mieux et je n’aurais pas pu lui mentir, mais je ne pouvais pas lui dire que ça n’allait pas mieux. J’allais me remettre, il me fallait un peu de temps... j’avais eu si peur...

- Lève-toi, il faut que tu manges quelque chose maintenant.
- Je n’ai pas faim Meiji.
- Si tu savais comme je m’en fiche. Allez !


Il se leva et me força à faire de même, je me rendis alors compte qu’il m’avait enfilé mon pyjama. Un petit sourire prit place sur mes lèvres, il prenait vraiment soin de moi. Il me fit asseoir à la table de la cuisine pendant qu’il préparait un petit déjeuner.

- Tu veux que je t’aide ? demandai-je d’une voix lente.

Je ne m’attendais pas moi-même à parler de cette façon, il se tourna vers moi et secoua la tête en souriant avant de se retourner vers le comptoir. Pourtant je n’avais pas demandé ça à contrecœur, ça m’embêtait vraiment qu’il fasse le petit déjeuner alors qu’il était resté éveillé toute cette nuit...

- C’est pas comme si j’avais pas l’habitude.

Il me jeta un petit coup d’œil taquin, je fis une petite moue. Cela dit il n’avait pas tord, mais je n’aimais pas cuisiner... des fois je me dévouais mais c’était rare. Je posai mes bras sur la table avant d’y mettre ma tête et je regardai Meiji sans rien dire.



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Message Sujet : Re: trop-plein d'amour pour un souvenir ténu
Jeu 15 Juil - 11:30
  
×××
Durant la semaine qui suivit, Meiji m’empêcha d’aller travailler, il prévint le patron de ce qu’il s’était passé pour que je n’ai pas de problèmes ensuite et aux autres il leur dit que j’avais des soucis... et il passa son temps libre avec moi, je sortais à peine de mon lit mais je me remettais, lentement. Cela dit, Meiji ne me touchait plus, ne m’embrassait même plus, je crois qu’il avait peur que je le repousse... et j’avais peur de le repousser aussi, parfois je ne contrôlais plus mes réactions... et des fois je me demandais dans quel état je serais s’il m’avait vraiment abusé...
Le pire, était que je m’étais remis à penser à Keisuke. Est-ce que j’allais vraiment le revoir ? Après tout, cela dépendait de si, lui, voulait bien me voir, car je ne savais pas où le trouver... et il était hors de question que je retourne dans le parc à présent, que ce soit de jour comme de nuit.
×××
Je repris ensuite le travail normalement, évitant les questions des autres sur les quelques traces qui restaient encore sur mon visage. Elles partiraient rapidement de toute manière et puis tant qu’ils ne pensaient pas que c’était Meiji qui m’avait frappé ça allait...
La soirée avait commencé calmement, j’avais facilement repris mes marques et Meiji venait toutes les dix minutes savoir si j’allais bien... j’étais par moment plongé dans mes pensées mais je faisais bien mon travail alors le patron ne me faisait pas de reproches... et étant donné ce qui s’était passé, je doutais d’en recevoir pendant un moment. J’étais donc en train de préparer tranquillement la commande d’un serveur quand un nouveau client entra dans le club. Je relevai les yeux vers lui pour l’accueillir et me figeai. C’était l’homme qui m’avait agressé, je rebaissai vivement les yeux, sentant ma gorge et mon ventre se nouer. Je savais que je n’arriverais pas à crier, il fallait qu’un serveur arrive maintenant, il fallait que Meiji vienne me voir... L’homme s’approcha du bar et s’y installa comme si de rien n’était, je sentis sa main effleurer la mienne qui tenait un verre, je sursautai et échappai le verre qui alla se briser sur le sol.

- Tu te souviens de moi, petit con ? Je sais pas qui c’était le type de l’autre soir, mais il sera pas toujours là... tu verras, je t’aurais... Kei-sama...

Il attrapa brusquement mon poignet et me ramena à lui alors que je protégeais mon visage avec mon bras libre.

- Tu ne cries pas ce soir ?

Je commençai à trembler... quelqu’un allait arriver, c’était obligé, de toute manière il ne pourrait rien me faire ici... Rassemblant tout mon courage, j’inspirai et retirai fermement mon poignet de sa main.

- Ne me touchez pas...

Que je lui réponde dû le surprendre, mais une chose était plus que certaine, ça ne lui faisait absolument pas plaisir. Il fronça ses épais sourcils et se releva du tabouret pour pouvoir m’attraper à nouveau alors que je tentai à nouveau de reculer. Il me tira par-dessus le comptoir avant de me laisser tomber par terre. J’atterris sur le ventre et ma tête cogna sur le carrelage, j’essayai de me redresser malgré mon léger étourdissement mais il me poussa pour que je me retrouve sur le dos et il me gifla violemment, sa chevalière érafla ma joue. Je criai et il posa sa main sur ma bouche pour étouffer ma voix, mais c’était trop tard, quelqu’un arrivait déjà et le poussa loin de moi. Il s’assomma contre le mur, je vis ensuite Meiji se placer devant moi et il m’aida à me relever alors que les autres personnes présentent dans le club venaient voir ce qui se passait.

- Est-ce que ça va ?

Je hochai faiblement la tête et vis des clients s’approcher de l’homme pour le traîner dehors. D’autres serveurs s’approchèrent de moi et me parlèrent, mais leurs voix n’étaient qu’un bourdonnement à mes oreilles.
Quand je parvins à finalement me calmer et à me reconnecter à la réalité, j’étais chez moi, dans mon salon, blotti dans les bras de Meiji qui s’était installé sur le canapé et me berçait doucement.

- Pourquoi tu ne m’as pas dit que c’était un client ?
- Cela faisait un moment qu’il n’était pas venu
, dis-je d’une voix tremblante. Je pensais pas qu’il reviendrait...
- Mais... tu aurais du me le dire, au moins à moi...
- Non, pas te connaissant...


Je relevai doucement les yeux vers lui alors qu’il semblait surpris que je lui aie dit ça, comme s’il ne comprenait pas... beh tiens.

- Tu serais allé le voir... et je ne voulais pas que tu aies des problèmes à cause de moi.
- Je veux juste te protéger mon ange.
- Je sais...


Je souris et approchai doucement mes lèvres des siennes pour l’embrasser, il resserra son étreinte en répondant à mon baiser. J’avais besoin d’être réconforté, je voulais m’ôter ces images de ma tête. Il glissa sa langue jusqu’à la mienne et elles s’entrelacèrent fougueusement, je plaquai une main sur sa nuque pour rendre le baiser plus charnu. Je sentis l’une de ses mains caresser doucement ma cuisse, étouffai un geignement dans notre baiser. Meiji mit fin au baiser et je détournai les yeux, gêné.

- T-tu dois me trouver malsain... de vouloir que tu me touches après ce qui s’est passé...

Il posa sa main sur ma joue pour que je le regarde à nouveau et il secoua la tête en souriant.

- Non, je ne te trouve pas malsain, au contraire. Je suis heureux que tu supportes à nouveau mon contact.

Il reprit mes lèvres et me poussa doucement jusqu’à ce que je me retrouve allongé sur le canapé.
×××
Après ça, ma vie avait repris son cours normal... à part quelques craintes qui avaient pris place dans mon inconscient. J’étais mal à l’aise quand je passais près du parc ou quand j’allais dans des endroits malfamés, comme dans mon enfance en fin de compte. Mais la différence était que, d’un autre côté, mon côté casse-cou que j’avais développé et vite oublié durant mon adolescence refaisait surface, pour une raison qui m’était inconnue. En temps normal, j’arrivais à me dire que si Meiji apprenait que j’avais envie de folies, il serait déçu et peut-être même blessé en se trompant sur mes intentions. Et cela suffisait à me calmer, je ne voulais pas lui faire de mal.
Mais ce soir il n’était pas là, et ce pendant d’ailleurs trois semaines. Ses parents l’avaient appelé pour une affaire familiale urgente, il n’avait pas pu m’en dire plus car il n’en savait rien lui-même. Alors je l’avais accompagné à la gare et maintenant je faisais le chemin inverse, les yeux levés vers les gratte-ciel. La vue de là-haut devait être imprenable, peut-être même qu’on pouvait voir la mer... le ciel de cette nuit était dégagé, c’était peut-être le moment où jamais d’y aller. Et au fond je ne risquais pas grand-chose. Je me dirigeai vers un bâtiment où il n’y avait pas de vigil, il y aurait sûrement des caméras de surveillance mais je faisais rien de mal après tout, et je me dirigeai vers la cage des escaliers de secours. Je montai tous les étages d’une traite, et arrivé en haut je me demandai pourquoi tant de haine ?...

J’avais raison, la vue était sublime. Je m’approchai du bord et m’y assis, les pieds ballants dans le vide, priant pour que personne ne croit que j’avais l’intention de me jeter en bas. Tokyo s’étendait à mes pieds, un sourire s’étendit sur mes lèvres, j’avais une étrange impression de supériorité, l’impression de surplomber le monde. Je ris doucement, c’était stupide, mais j’étais si haut. Les étoiles me tendaient les bras, c’était presque un autre monde. Mais n’existait-il pas un monde à l’intérieur de celui que l’on connaît ? Un monde que la plupart des gens reniait ? Ce monde surnaturel et vampirique qu’ils ignoraient ou décidaient d’ignorer... mais moi je le cherchais, désespérément, et je crois qu’il me fuyait.

Je restai assis pendant une petite dizaine de minutes puis je me levai et marchai le long du rebord. Par moment je me sentais happé par le vide, mais je souriais en me restabilisant. Quelle serait la sensation que je ressentirais si je tombais ? Non, je n’étais pas suicidaire, juste curieux... d’une curiosité morbide. Décidément, une fois seul, j’étais un véritable danger pour moi-même.
Je redescendis et dévalai les escaliers pour ne pas me faire prendre, ce serait ballot maintenant que je sortais. Je voulais vite rentrer chez moi pour ne plus être tenté de faire une bêtise. Et pour être certain de ne pas m’attarder, je pris un taxi qui me ramena chez moi en à peine dix minutes, ensuite je filai droit à mon appartement.
×××
J’allai dans ma chambre pour mettre des vêtements plus décontractés puis j’allai dans le salon. Comme toujours je me dirigeai vers la baie vitrée pour l’ouvrir et faire entrer l’air, mais à peine eus-je tourné la clé, je relevai les yeux et vis une ombre appuyé à la rambarde de mon balcon. Surpris, j’eus un mouvement de recul et passai par-dessus le dossier du canapé.

- Ah quel con... soufflai-je quand j’eus repris mes esprits.

Je me retrouvais le dos sur le canapé et les jambes sur le dossier, y a pas à dire, la grande classe. Je relevai les yeux et vis Keisuke devant moi, il se retenait visiblement de rire.

- Tu t’es pas fait mal ?

Je secouai doucement la tête, bien incapable de prononcer un mot. Il était là, dans mon appartement, comment ? Il se pencha pour attraper mes mains et me releva, je ne résistai même pas à l’envie de me blottir contre son torse et il ne m’en empêcha pas même s’il devait être surpris. Le visage enfoui contre son torse, j’inspirai doucement son odeur, pour ne plus jamais l’oublier. Il était là maintenant, certes, mais pour combien de temps ? J’avais peur qu’il parte aussi vite qu’il était venu.

- Tu veux précipiter ta mort ?

Je levai lentement les yeux, hésitant, pourquoi est-ce qu’il disait ça ? Il soupira et m’écarta légèrement de lui.

- Je te demande ce que tu faisais sur ce toit !
- Tu m’as vu !?


Ah merde, je pensais pas que quelqu’un saurait que j’étais monté là-haut ! Quoique je ne savais pas quoi penser que ce soit Keisuke qui m’ait vu. Qu’allait-il dire ?

- Tu es complètement fou ou quoi ?
- Mais je ne risquais rien...
répliquai-je, ne sachant pas trop ce qu’il avait vu.
- Debout sur le bord du toit ? Tu ne risquais rien ?
- Alors pourquoi tu n’es pas venu me voir pour me faire descendre ?
- Parce que je préférais que tu n’aies pas « cette » réaction à cette hauteur.


Je baissai les yeux en faisant une petite moue. Est-ce que c’était de ma faute s’il m’avait fait peur ? Qu’est-ce qu’il faisait sur mon balcon, il aurait pu tout aussi bien m’attendre devant ma porte. Il posa sa main sur ma joue pour que je relève la tête.

- Excuse-moi de t’avoir fait peur.

Je secouai à nouveau la tête, j’étais trop content qu’il soit là pour lui en vouloir de m’avoir surpris. Je me rapprochai à nouveau de lui et, contre toute attente, il referma ses bras autour de moi comme quand j’étais petit.

- Pourquoi tu es venu ? Enfin, je n’ai pas sauté alors...
- ... Eh bien... quand je me suis rendu compte que tu étais à Tokyo, j’ai décidé de ne pas t’approcher...
- Pourquoi ?
- Je ne voulais pas t’abandonner comme quand on s’est rencontré la première fois, parce que je partirais à un moment ou à un autre, tu le sais ça ?
- Oui... mais je me demande d’autant plus pourquoi tu es là maintenant ?
- Quand je suis près de toi... je me sens si bien, comme si j’étais enfin complet... mais j’éprouve ce besoin viscéral d’empêcher le moindre mal de t’arriver... j’en deviens fou. Tu te souviens des adolescents qui avaient voulu t’agresser ?
- Oui, tu... les as tués.
- Quand je t’ai vu sur le toit tout à l’heure, j’ai attendu patiemment... si tu avais sauté, je t’aurais rattrapé, mais tu es redescendu et je suis parti. Cela dit je me demandais pourquoi tu avais fait ça, j’ai eu peur qu’à cause de ce qui s’est passé avec ce type...


Dans ce mot résonna un grondement qui fit trembler sa poitrine, je relevai les yeux vers lui. Il pensait vraiment que j’allais me suicider. Cette fois, ce fut à moi de poser une main sur sa joue.

- Je vais bien, Keisuke... Si je suis monté sur ce toit, c’est que... je voulais voir la vue.
- Tout ça pour ça ?
- Désolé, je ne pensais pas qu’on me verrait.


Il fit un petit sourire et frotta doucement sa joue contre ma main. Il avait l’air rassuré, je ne voulais pas qu’il se fasse du souci pour moi c’était inutile... j’avais assez de Meiji pour ça. Il me regarda à nouveau dans les yeux, comme s’il venait de se rendre compte de quelque chose.

- Ah, il vaut mieux que je parte.
- Hein ? Pourquoi ?
- Mitsu...
- Keisuke, non, reste je t’en prie !


Je m’accrochai à lui, enfouissant mon visage dans sa veste pour ne pas montrer les larmes qui me montaient aux yeux. Pourquoi est-ce que je pleurais pour ça ? J’avais passé l’âge, non ? Est-ce que je voulais à ce point-là qu’il reste ? Quelle question... évidemment que je voulais qu’il reste près de moi.

- Ne pleure pas bébé, on se reverra.
- C’est ce que tu m’as dit la dernière fois...


Il m’écarta de lui et essuya doucement mes joues, puis il me lâcha pour ne poser que sa main sur ma tête et ébouriffa mes cheveux.

- Oui, et est-ce que j’ai manqué à ma promesse ?
- Non...
- Alors ne t’en fais pas.
- Mais c’est injuste !
m’exclamai-je en repoussant sa main. Pourquoi dois-je attendre que tu viennes me voir ? Pourquoi suis-je soumis à ton bon vouloir ? Et moi, si j’ai envie de te voir, je fais comment ? Dois-je mettre ma vie en danger pour que tu daignes t’intéresser à moi !?
- Mitsuaki...


Je détournai la tête et soupirai. N’avais-je pas une bonne raison de m’énerver ? Il m’approchait dès qu’il le voulait... enfin non, même pas, juste quand il estimait que j’avais besoin de son aide. Et s’il ne m’arrivait plus jamais rien de grave ? Est-ce qu’il disparaitrait totalement de ma vie ?
Il tourna les talons, aussitôt j’attrapai la manche de sa veste pour le retenir. Je ne dis rien, cependant, je savais qu’il n’était pas nécessaire d’ajouter quoi que ce soit.

- Pourquoi tu veux que je reste, alors que je te blesse ? Tu ne comprends pas qu’à chaque instant que tu passes avec moi, tu mets ta vie en danger ? Tu sais ce que je suis non !? Alors essaye de...
- Tu es Keisuke
, le coupai-je. C’est tout ce que je veux savoir.
- Non Mitsu, je suis un vampire. Ça ne t’effraie pas d’être tout près de moi ? De me toucher ? J’ai tué des tas de gens, je pourrais te faire la même chose.
- Non c’est faux.


Il se retourna vers moi en fronçant les sourcils mais je ne le lâchai pas, bien que je sache que ce n’était pas le misérable petit humain que j’étais ne réussirait pas à le retenir s’il décidait vraiment de partir.

- Qu’est-ce que tu en sais ?
- Je le sais. J’ai confiance en toi...
- Probablement plus que moi-même...
- Pourquoi parles-tu de ça maintenant ? Avant, ça ne te posait pas de problème que je reste avec toi, alors pourquoi maintenant... ? Qu’est-ce qui a changé ?
- J’espérais que tu aurais grandi... mais tu es toujours aussi naïf.
- ... Keisuke, dis-moi... est-ce mal de vouloir croire en quelqu’un qu’on aime ?


Ses yeux s’agrandirent à mes paroles et il mit quelques secondes à se reprendre. Il prit ma main libre et la posa sur son torse, là où son cœur avait un jour battu.

- On ne peut pas aimer un mort.
- Tu es bête... mais quoi que tu dises, tu es quelqu’un de spécial et de très cher à mon cœur.
- Les morts ne peuvent pas aimer.
- N’essaies pas de me dissuader, tu te contredis tout seul. Mais quand bien même, ça ne m’empêcherait pas de vouloir rester avec toi.
- Tu es obstiné.
- Pas plus que toi...


Je soutins son regard, un léger sourire aux lèvres qu’il finit par me rendre. Je n’avais pas envie qu’il me laisse, ou même qu’il fasse semblant de ne pas vouloir de moi à ses côtés. Il avait toujours été plus important que quiconque pour moi, je me rendais compte aujourd’hui que ça n’avait pas changé...
Il caressa doucement ma main et la monta à ses lèvres pour y déposer un baiser.

- Dans deux jours, dans le parc.
- L-le parc ? Non, je peux pas...
- Alors je t’attendrais devant l’entrée ouest... à 16 h ?
- D’accord...


Son sourire reparut et il s’approcha doucement de moi pour déposer un baiser sur mon front, et une fraction de seconde plus tard il était près de la rambarde du balcon, sans même que je m’en rende compte. Je m’avançai jusqu’à la baie vitrée. Il se retourna une dernière fois vers moi.

- Même si tu penses que je ne m’intéresse à toi que lorsque tu es en danger, sache aussi que je n’aurais pas pu réprimer très longtemps mon envie de te voir. Je ne suis jamais très loin de toi.

Et il disparut.
×××
Deux jours après, je me dirigeai vers le parc, mes mains tremblaient. Pourquoi voulait-il qu’on se retrouve ici ? Cet endroit me mettait mal à l’aise, pour ne pas dire qu’il me terrorisait complètement. Mais qu’est-ce que j’y pouvais ? Cela me rappelait trop ce soir où je m’étais fait agresser. Je n’avais absolument pas envie d’y aller... je ne comprenais pas Keisuke, pourquoi c’était ici qu’on devait se retrouver.
Essayant de calmer mes angoisses, je me dirigeai vers l’entrée ouest, il n’était pas là. Je regardai ma montre, il était 15h45... j’étais en avance, je voulais profiter de chaque minute en présence de Keisuke, mais ce n’était peut-être pas malin de me retrouver seul ici alors que cela m’effrayait. Une chance, Keisuke arriva peu après moi, il fut étonné de me voir.

- Je ne voulais pas te faire attendre, dis-je avant qu’il n’ouvre la bouche.
- Tu es bête... je suis patient... il faut dire que j’ai tout le temps que je veux.
- Oui, mais le mien est compté... le nôtre
, précisai-je à mi-voix.

J’aurais voulu qu’il n’entende pas, un humain n’aurait pas entendu, mais même des murmures n’échapperaient pas à Keisuke. Il soupira doucement mais ne me contredit pas, ce qui ne me donna pas plus confiance en moi. Bien sûr que notre temps était compté, il ne resterait pas indéfiniment à Tokyo, et ensuite qui sait si je pourrais le revoir un jour. Dans un sens, je préférais qu’il ne revienne pas, je voulais qu’il garde cette image de moi qu’il avait aujourd’hui, plutôt qu’il me retrouve lorsque je serais vieux... si ça se trouve je serais sénile et je ne me souviendrais même pas de lui...

- A quoi tu penses ?

Je sursautai quand sa voix me sortit de mes pensées. Je fis un petit sourire contrit, non je ne pouvais pas lui dire à quoi je pensais, c’était... impossible à dire, et je ne voulais pas gâcher notre moment. Il secoua doucement la tête, abdiquant.

- Tu veux faire quoi ?
- J-j’en sais rien... c’est pas toi qui voulais qu’on se voit ?
- Est-ce que ça veut dire que tu ne voulais pas ?
rétorqua-t-il avec un sourire en coin.
- Non, je n’ai pas dit ça ! me récriai-je.

Il rit doucement et je compris qu’il avait juste voulu me faire marcher... et que j’avais carrément couru. Je détournai les yeux, ennuyé. Il prit ma main et partit à l’opposé du parc, je jetai un coup d’œil aux arbres qui s’éloignaient de moi.

- Pourquoi tu m’as fait venir ici si tu voulais pas y rester ?

C’est vrai quoi ! J’avais angoissé pour rien au final, on aurait très bien pu se rejoindre devant le conbini, ou devant le kiosque à journaux, ou devant le temple... n’importe où quoi !

- Parce que... commença-t-il d’une voix affectée. C’était toujours au parc qu’on se retrouvait, ne ?
- Oh... oui c’est vrai...


Je faillis m’excuser, mais il n’aurait pas compris pourquoi je l’avais fait. Ce n’était pas que j’avais oublié, mais apparemment c’était un symbole pour lui, nos rencontres au parc... je n’avais pas juste pas compris ce que ça pouvait représenter à ses yeux... ce que je pouvais représenter ?

- On a qu’à juste se balader...

Il me regarda et sourit quand je hochai la tête. Je resserrai doucement mes doigts autour des siens, pour qu’il ne me lâche pas. Je me fichais de ce que les gens pouvaient penser, je ne voulais pas rompre ce contact.
×××
La journée fut agréable, je ne vis même pas le temps passer, ce n’est que lorsque mon ventre se manifesta que je constatai l’heure avancée. Regardant ma montre pour la première fois depuis qu’il m’avait rejoint, j’étouffai un hoquet de surprise. Keisuke tourna la tête vers moi en haussant les sourcils.

- Que se passe-t-il ?
- Il est tard...
- Et tu as faim, tu veux rentrer ?
- Non !


Il fit un sourire amusé et ébouriffa doucement mes cheveux. Je ne voulais pas rentrer, je voulais rester avec Keisuke... même si je ne le lui dirais pas, il l’avait sans doute très bien compris de toute façon. Cela dit je ne pouvais pas savoir ce qu’il en pensant, parce que lui non plus ne me le dirait peut-être pas. Mais j’avais besoin de lui, et de m’accorder tout le temps que je pouvais à ses côtés... tant pis si je devais rater le boulot, tant pis si je devais voir moins ceux qui pensaient être mes amis, tant pis si cela posait un problème à Meiji.

- Tu veux que je t’emmène dans un restaurant ?
- Eh ? Non, je mangerais plus tard...


Cette phrase n’eut pas l’air de plaire à mon estomac qui se manifesta à nouveau, je posai alors une main sur mon ventre, peut-être que j’espérais en cacher les bruits ainsi.

- Ne dis pas de bêtises, tu vas tomber d’inanition si ça continue...
- Mais non... je peux bien tenir une journée sans manger...


Bon, c’était pas prouvé... et vu ma carrure c’était peut-être pas non plus très intelligent de tester. Mais je ne voulais pas qu’il m’invite au restaurant, c’était idiot...

- Si c’est pour que tu mettes ta santé en jeu, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée qu’on se voit.
- Ne dis pas ça Keisuke...
- Alors prouve-moi que j’ai tort et accepte de manger. J’ai peur de te briser à chaque fois que je te touche...
- Pff... tu pourrais briser n’importe quoi de toute manière
, bougonnai-je.
- Mitsu...
- Non.


Je détournai les yeux, je n’aurais pas dû car il comprit qu’il y avait anguille sous roche. Ce n’était pas mon genre de m’obstiner comme ça, et encore moins pour quelque chose d’aussi bête qu’un simple repas... pourtant, pour moi, ce n’était pas que ça, mais c’était trop dur à dire.

- Mitsuaki, il faut que tu manges, ne serait-ce qu’un peu. Tu en as besoin, ne fais pas c...
- Tais-toi !
coupai-je. Je ne veux plus voir ce fossé s’agrandir entre nous, ça suffit !

Je me mordis la lèvre, il me l’avait fait dire... cet idiot avait réussi à me faire sortir de mes gonds pour que je craque et lui dise ce qui n’allait pas. Mais c’était ça, je ne voulais pas manger en face de lui qui n’avalerait rien, évidemment, j’en avais marre de toutes ces différences entre nous, ça m’était insupportable... cela me rappelait qu’il ne serait pas près de moi ma vie entière, pourtant j’aurais voulu.
Il s’approcha de moi et m’enferma dans ses bras, me collant à lui, ce qui m’étonna autant que cela me ravit. De toute la journée il n’avait lâché ma main, mais je m’attendais à ce que ce soit notre seul contact, que je ne me retrouverais pas blotti contre son torse dont je sentais la fraicheur malgré le pull qui le recouvrait. J’avais faim... et lui aussi. Je sentis son visage s’approcher de mon cou, bien loin d’être inquiet, je frissonnai quand son souffle effleura ma peau et, instinctivement, je penchai légèrement la tête pour lui offrir ma gorge.
Aussitôt il me repoussa et mon cerveau se reconnecta à la réalité, je voulus revenir au creux de ses bras mais il resta éloigné de moi, tendant un bras entre nous. Il ne me regardait pas, soupira avant de reprendre d’une voix tremblante de colère.

- Tu es...
- Keisuke..?
demandai-je comme il s’était interrompu.
- Tu es suicidaire ou quoi !? Je t’interdis de te donner à moi de cette manière !
- Mais tu as faim, murmurai-je d’une voix penaude.


J’avais toujours gravé en moi le souvenir de ses paroles, le soir où j’avais définitivement compris qu’il était un vampire. Ses termes dansaient encore dans mes pensées : une envie dévorante qui le possédait, l’écorchait vif, éventrait ses veines figées, sa gorge, sa langue, allongeait ses canines, le forçait à déchirer la peau d’un innocent dont le sang se chargeait d’adrénaline... cette envie, cette faim le faisait souffrir, s’apaisant à peine lorsqu’elle était un peu assouvie. Et je refusais que Keisuke ait mal, tant pis si c’était moi qui devais risquer ma vie pour lui.
Il soupira à nouveau avant de passer sa main sur son visage, j’en profitai pour m’approcher à nouveau de lui et il cessa de bouger, devenant une statue tout près de moi. Je passai mes doigts sur sa joue alors que mes yeux s’emplissaient de larmes. Il m’en voulait.

- Keisuke ?
- Rentre chez toi.
- Mais...
- Obéis !


Je me mordis la lèvre pour retenir mes larmes, mais je ne fis pas attention et me mordis plus fort que je ne l’aurais pensé. En une seconde, Keisuke n’était plus là.
×××
Je n’étais qu’un idiot, j’avais gâché le seul moment qu’on avait bien voulu me donner en présence de Keisuke, et maintenant ? Une longue semaine s’était écoulée et je n’avais absolument aucune nouvelle de lui... Meiji m’appelait tous les jours et se demandait ce qui n’allait pas, il m’avait proposé de rentrer plus tôt que prévu mais j’avais refusé, même sa présence n’aurait rien changé à mon état... j’avais perdu la personne qui m’était la plus chère sur cette terre, une seconde fois. Que pouvais-je y faire ? J’étais un crétin congénital, mon cas était désespéré, je ne le reverrais plus jamais.
En tout cas, c’est ce que je pensais durant la seconde semaine qui s’écoula sans lui. Le patron, pensant à des séquelles de mon agression, me mit en congés forcés alors que tout ce que je voulais c’était sortir de chez moi pour essayer de penser à autre chose. Puisque je n’avais plus le choix, je me mis à réfléchir à tout ça, à mon cœur qui se pressait douloureusement quand je repensais à Keisuke, à notre dernière conversation... à sa colère contre moi. J’avais toujours essayé d’être la personne qui lui fallait, inconsciemment, en grandissant, j’avais tout fait pour me rapprocher de lui, prenant jusqu’à son prénom, mais je devais me rendre compte que je m’étais fourvoyé durant toutes ces années... il m’avait abandonné une première fois, sûrement pour trouver quelqu’un de mieux, peut-être l’avait-il trouvé, puis perdu, et était revenu près de moi pour m’abandonner une deuxième fois. Est-ce que j’étais destiné à voir disparaître ceux que j’aimais le plus ? Keisuke... ma mère...
Puis je compris, Meiji... mes larmes redoublèrent alors que j’avais l’impression de le perdre lui aussi, je ne l’aimais pas... j’aimais la tendresse qu’il avait pour moi, je me complaisais dans l’idée que nous étions un couple parfait, qu’il était la personne qu’il me fallait. Maintenant, qu’il le soit ou pas m’importait peu... j’aimais et avais toujours aimé quelqu’un d’autre. Chastes d’abord, en le revoyant mes sentiments s’étaient embrasés et j’avais tout gâché. De toute manière, que pouvais-je espéré ? Je n’étais qu’un pauvre humain, Keisuke ne s’abaisserait jamais à mon niveau... il ne s’encombrerait jamais de moi, il devait partir... tout le temps, fuir les preuves de son existence. Est-ce que je serais capable de vivre ça ? Ou du moins, est-ce que je réussirais à lui faire comprendre qu’il était tout ce que je voulais ?
×××
Ce fut dans le dernier élan de faiblesse que je m’accordai que je décidai de faire la même chose qu’étant enfant, lorsque j’avais perdu Keisuke la première fois. Je décidai de partir à sa recherche dans la ville, une dernière fois avant de choisir de tirer un trait sur ce dernier souvenir de mon passé.
Il était 01h45 quand je sortis de chez moi, je n’avais aucune idée d’où aller pour le trouver, il pouvait très bien être déjà parti en plus... je le savais, mais je devais chercher quand même, au cas où il déciderait de me laisser le trouver, de me laisser le voir une dernière fois. Oui, rien qu’une dernière fois, une partie de moi désirait cet adieu, l’autre partie de moi voulait y échapper, pour garder l’espoir de le revoir un jour, mais je n’avais pas le droit d’avoir cet espoir, nos mondes étaient trop différents...

Mes pas me menèrent dans le quartier du club où je travaillais, là où j’avais revu Keisuke pour la première fois... je continuai mon chemin, ne sentant pas son parfum dans l’air. Je me plongeai à nouveau dans mes pensées, étant petit je l’avais cherché trop concrètement, à présent je voulais essayer de le retrouver à l’instinct... mon corps me mènerait à celui de mon âme sœur déchue.
Mais encore une fois, je me trompai... au lieu de me diriger vers celui que je désirais, c’est dans les bras celui qui me désirait que je me jetai... celui qui désirait mon sang, ma chair, mon âme, la vie qui coulait à l’intérieur de moi. Je m’en rendis compte quand, ayant franchi le portail du parc, je vis sa silhouette, accroupi sur la branche d’un arbre à quelques mètres de moi. L’atmosphère s’imprégna d’une odeur de fleur sauvage, de cendre... acide.
Il sauta sur le sol et s’approcha de moi jusqu’à se retrouver sous la lumière du réverbère. Une langue mutine humidifia ses lèvres étirées dans un rictus tranchant. Je l’observai en silence durant plusieurs secondes, il était monstrueusement beau, grand, effilé, dangereux.

- Q-qui êtes-vous ? balbutiai-je.
- Oh... ça, tu le sais déjà... enfin en partie.

Sa voix teinta comme les notes basses d’un piano, froides, sans émotion. Ses yeux flamboyèrent quand mon corps tressauta. Il avait raison, je savais ce qu’il était, mais qu’est-ce qu’il me voulait, et comment savait-il que je connaissais l’existence de son espèce.
Il s’approcha encore et commença à marcher autour de moi, définissant un cercle comme un rapace au-dessus de sa proie avant de fondre sur elle.

- Tu sais, reprit le piano. Notre espèce est très secrète et... les seuls à avoir été au courant de notre présence dans votre monde ne sont pas restés en vie longtemps...
- Mais... je ne dirais rien...
- Je le sais... mais ce serait trop facile. Les humains n’ont pas le droit de connaître notre existence... c’est la règle absolue. Mais ne t’en fais pas, tu ne seras pas le seul puni...
- Keisuke ?


Son sourire s’agrandit, dévoilant ses crocs qui s’allongèrent. Il allait me tuer, et tuer Keisuke... un vampire pouvait-il mourir ? Je souhaitais que non, Keisuke ne devait pas mourir à cause de moi... c’était injuste.

- Je n’aime pas la facilité, offre-moi une chasse digne de ce nom... je te laisse trois minutes d’avance.

Mon corps réagit aussitôt à cette fausse chance, je me mis à courir dans le parc, espérant atteindre l’autre bout. Peut-être que Keisuke me trouverait avant que ce vampire ne m’achève, pour ma part je n’avais aucune illusion quant à ma capacité à le semer. Je voulais juste voir Keisuke une ultime fois avant de fermer définitivement les yeux.
Les larmes commencèrent à s’écouler sur mes joues alors que, mû par mon instinct primaire de survie, je m’enfonçai dans la partie la plus boisée du parc. Ma voix erratique n’arrivait pas à sortir le prénom de Keisuke de ma bouche malgré que j’eusse voulu l’appeler encore et encore.

Ma panique augmenta lorsqu’un second corps remua les arbres quelque part loin derrière moi. Ses mouvements étaient lents, il jouait avec moi comme un chat avec une souris... l’acculant doucement où il en avait envie alors qu’elle pensait contrôler ses propres déplacements.

- Ooooh cache-toi bien si tu ne veux pas mourir trop lentement...

Le rire dans sa voix me glaça et je me mis à courir plus vite. Je devais me cacher, oui, mais où ? Il me trouverait de toute manière, mon odeur mêlée à celle de ma peur le mènerait jusqu’à moi où que je sois...
Voulant m’agripper à une branche, je m’entaillai la main sur quelque chose de tranchant et la douleur se diffusa instantanément dans tout mon bras, je réprimai un cri. Je posai mon regard où ma main s’était posée quelques secondes plus tôt pour apercevoir une lame de rasoir encastrée dans le tronc, mon sang se glaça et je regardai précipitamment autour de moi. Il y en avait partout, elles brillaient dans l’éclat de la lune telles des étoiles.
J’étais fichu, j’allais mourir, je n’étais qu’une pauvre souris de toute façon... mais je refusais de lui laisser cette joie, si je devais mourir, alors je mettrais fin à ma vie moi-même.
Je repris ma course et les branches autour de moi furent agitées par un rire glacial. Je grimpai finalement à un arbre, peut-être qu’en sautant d’une bonne hauteur je pourrais me rompre le cou. Mes mains s’éraflèrent à d’autres lames.

- Mais dis-moi, qu’espères-tu faire ?

Sa voix avait changé, pleine d’envie, mon sang l’excitait... Une chance pour moi, les arbres étaient hauts, malheureusement j’étais loin d’être un vampire et il ne tarda pas à me rattraper. Son visage apparut brusquement au milieu du feuillage juste au dessus de moi.

- Bouh !

La surprise me fit lâcher la branche, mais le vampire me rattrapa et sa poigne broya l’os de mon bras dans un bruit glauque et une douleur fulgurante, je hurlai et il me balança contre le tronc. Il me laissa ensuite tomber le long des branches, je me coupai à plusieurs reprises aux bras, aux jambes, au torse avant de toucher finalement le sol. Je ne m’étais même pas brisé la nuque...
Mon corps n’était plus que douleur et sang, j’étais à peine conscient... à tel point que quand le vampire se jeta sur moi, il me fallut quelques instants pour me rendre compte que la mort ne venait pas. Des bruits de mâchoires, de coups me parvinrent de plus loin. Je tournai la tête pour voir deux ombres bouger bien trop vite pour mes yeux d’humain.
Soudain, un cri retentit, et l’une des ombres s’effondra sur le sol, ne laissant debout que mon prédateur. C’est là que je compris que c’était moi qui avais crié... Keisuke... Mon bourreau s’approcha à nouveau de moi alors que mes yeux ne quittaient pas le corps de Keisuke. Etait-il mort ?

- Je ne l’ai pas encore tué... gronda le vampire. Je veux qu’il ait ta mort sur la conscience d’abord...
- Kei... Keisuke...


Une main caressa mon visage, glaçant ma douleur alors que je n’avais plus conscience que des crocs que le vampire me montrait. Il passa sa langue dessus et se pencha sur moi... il embrassa d’abord mon front, descendit sur ma joue...

- Quel dommage que tu sois si près de la mort déjà... j’aurais pu trouver un autre moyen de te tuer...

La bile me monta à la gorge ainsi que du sang qui s’échappa par ma bouche pour rouler le long de ma joue, puis sur mon coup.

- Pourquoi pleures-tu ? Je vais t’éviter de longues et douloureuses heures d’agonie... personne ne te trouvera ici, même si je te laissais pour mort...

Je tournai à nouveau la tête vers le corps d’Keisuke, mais il avait disparu... je n’eus pas le temps de réagir, les dents du vampire s’enfoncèrent dans mon cou. Mon corps se débattit dans ses dernières forces alors que je sentais ma vie être aspirée hors de moi. Mes cris se perdaient dans ma bouche, Keisuke était parti, je voulais qu’il revienne... c’était égoïste, parce qu’il valait mieux pour lui qu’il fuit, mais je ne voulais pas qu’il m’abandonne alors que j’étais en train de mourir. Je rassemblai tout mon souffle...

- KEISUKE !!!!!!

Le poids du vampire quitta mon corps d’un coup, je rouvris les yeux et la tête et le corps de mon prédateur furent séparés dans un bruit de pierre démolie, avant d’être lancés loin de moi.

- Mitsu... Mitsu... tu m’entends ?

Le visage de mon amour s’approcha du mien, son haleine caressait mon visage, m’enveloppant d’un doux linceul. Je trouvai la force de monter ma main valide sur sa joue.

- Kei...suke... tu es...là...
- Chut... économise tes forces...
- Je meurs... alors, à quoi bon ?


Les larmes reprirent de plus belle, se mêlant à celles de Keisuke qui tombaient sur mon visage. Il prit mon visage entre ses mains, elles étaient froides, mon sang lui donnait faim...

- Non... tu ne vas pas mourir.
- Je ne suis pas... stupide... Keisuke, je t’aime...
- Chut...
- N-non... je suis sérieux... Keisuke, je t’aime... de tout mon cœur je t’aime... tu es la personne qui compte le plus pour moi, j’aurais voulu te le dire plus tôt mais j’avais pas compris, maintenant je le sais je t’aime...


Il posa ses mains sur mes épaules pour que je m’allonge à nouveau, je ne m’étais même pas aperçu que je m’agrippai à lui pour qu’il ne me laisse pas. Sa bouche suivit le même tracé que celle du vampire alors qu’il chuchotait.

- Bébé... pardonne-moi de ne pas être arrivé à temps... j’aurais pas dû te laisser... je t’aime, je voulais rester avec toi mais j’ai eu peur...
- Quoi ?
- Je t’aime Mitsuaki... si j’avais été là, je...
- Il t’aurait tué aussi.
- Mais tu n’aurais pas dû te sacrifier pour moi...
- Et pourquoi non ?


Je souris, bien sûr que je m’étais sacrifié pour lui, bien sûr que c’était la meilleure chose à faire... tout ce que j’avais pu faire pour lui. Si nous avions été ensemble, il ne m’aurait pas laissé l’aider et il serait mort sous mes yeux avant que je ne sois dévoré...
Je vis dans les yeux de Keisuke qu’il se rendait lui aussi compte que les battements de mon cœur ralentissaient... J’essuyai ses joues avant d’effleurer ses lèvres du bout de mes doigts...

- J’aurais voulu que tu aies la force de supporter la transformation... souffla-t-il d’une voix rauque.
- Pourquoi ? Tu hais les vampires...

Ma voix n’était qu’un faible murmure mais il l’entendait comme si j’avais parlé normalement, avec les mêmes émotions... et je compris que j’avais raison. Pour quelle raison aurais-je voulu devenir ce qu’il abhorrait le plus sur cette terre ?

- Tu aurais voulu que je devienne quelque chose que tu hais ?
- Mitsu...
- Si c’est pour perdre ton amour... je préfère encore mourir...
- Ne dis pas ça...


Je secouai simplement la tête, j’étais on ne peut plus sérieux. Mon esprit commençait à s’embrumer et je sentais la torpeur de la mort me tirait doucement vers l’inconscience. Ma respiration mourrait, elle aussi, lentement, dans le cou de Keisuke qui me tenait encore contre lui.

- Je t’aime... murmurai-je une dernière fois.
- Moi aussi Mitsu... mon petit ange... ça aurait été... tellement plus simple si tu m’avais oublié depuis le début. Tu vivrais, tu serais heureux... Kei...
- Tu as toujours fait partie de moi
, souris-je.
- Comment vais-je pouvoir vivre sans toi ?
- Tu m’oublieras...
- Je ne veux pas...
- Tu ne t’en rendras pas compte... moi non plus...


Un éclair traversa son regard, mes paroles lui faisaient mal. Elles me tuaient aussi, peu à peu, mais je n’avais pas le choix, il devait m’oublier, il le fallait... Je ne voulais pas le hanter, s’il devait vivre éternellement, le poids de ma mort devait disparaître. Je tentai à nouveau de bouger, pour mieux approcher son visage.

- Mitsu... m’arrêta-t-il.
- Prends... mon dernier souffle...
- Hein ?
- Embrasse-moi...


Il haussa les sourcils en plongeant son regard dans le mien. Le pourpre de son regard s’atténua, s’emplissant de tendresse, d’amour, de détresse... Il attrapa mes mains pour les passer autour de son cou, je réprimai un geignement de douleur et il captura mes lèvres. Mon cœur s’affola, autant qu’il le put alors que la froideur des lèvres de Keisuke taraudait ma bouche, lentement il m’envahissait. J’aurais voulu que l’instant ne cesse jamais, que mon amour puisse me garder en vie près de Keisuke, que ce vampire ne m’ait pas volé toute ma force vitale...

- Je t’aime, bébé, je t’aimerais éternellement...

Ce furent les derniers mots que je perçus à travers le rideau des ténèbres... et le visage de Keisuke disparut...



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"j'ai un rêve étrange... une ombre errante
il semble que je puisse la voir mais je ne vois rien du tout, ce n'est qu'une illusion"

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